Chapitre 8 (OLD)

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Chapitre 8 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:56


J'ouvris les yeux. Je restai ainsi dans cette position plusieurs minutes. Sans rien faire. Juste regarder le plafond légèrement incliné au-dessus de ma tête. Je ne pensai à rien, ne faisant qu'observer. J'aimais bien ces instants paisibles où je ne faisais rien. Excepté le fait que j'observais. Je ne savais pas comment décrire ma situation actuelle. Est-ce que j'avais de la chance ou bien pas du tout ? Est-ce que Jana était fière de moi ? Je ne savais pas... Je ne savais rien. Mais une chose en moi me disait qu'elle n'était pas loin, qu'elle n'était pas tout à fait partie et qu'elle m'observait, qu'elle m'encourageait inconsciemment. J'avais besoin de Jana. Mais c'était trop tard. Cela faisait longtemps que je me disais que Jana était morte et que je ne pouvais plus rien y faire. On l'avait assassinée... par ma faute. Et rien ni personne ne pourra y changer quoi que ce soit. Je croyais qu'au final si Jana était encore à côté de moi, c'était parce qu'elle souhaitait que je passasse à autre chose, même si je n'y arrivais pas. Jana était tout pour moi... Elle était comme un membre de ma propre famille... Elle était une personne incroyable, toujours à raconter des histoires étranges et parler de cela comme si c'était tout à fait normal.

Et elle avait juste... disparu. Envolée. Jana me manquait. Mais je devais être plus fort que cette douleur qui me compressait la poitrine. Pour elle.

Mais je ne l'étais pas. Et si personne ne pensait à elle, qui conservera son souvenir ? Cette couleur bleu-vert présente dans ses yeux ? Son sourire ? Sa présence ? Son réconfort ? Cette aide au quotidien que je ne pourrai jamais nier ? Sans Jana, je serai déjà mort. Elle était morte et moi vivant, alors que ça aurait dû être l'inverse. J'avais l'impression que si j'arrêtai de penser à Jana, j'arriverai à surmonter cette douleur.

Alors je fis ce qu'on attendait de moi : je me redressai, soulevai délicatement la couverture avant de la redéposer doucement à côté de moi. Je pivotai, mis mes pieds au sol, me relevai. Je fis deux-trois pas avant d'atteindre l'évier. J'avais besoin de me rafraichir le visage. Mais quelque chose attira mon intention. Je me demandai comment j'avais pu ne pas le remarquer avant. En fait, je crus que je l'avais vu, mais je n'y avais pas fait attention. Un grand miroir se dressait au-dessus de l'évier et j'observai mon propre reflet dans la glace. D'abord, je fis attention à ma chevelure brune qui était en bataille. Mes cheveux étaient plutôt courts. J'avais les yeux bleus. Pas foncés, ni gris. Bleus. Je n'aimais pas me décrire. Je n'avais pas l'habitude de me décrire. Cela ne me servait à rien. Pourquoi devais-je me décrire moi-même ? Mais je crus qu'aujourd'hui, j'avais juste besoin de cela. Pour me rappeler qui j'étais. À quoi je ressemblais.

J'actionnai le robinet. De l'eau claire s'écoula lentement pour venir s'écraser au fond de l'évier. Je plaçai le bouchon afin de retenir le liquide. J'attendis plusieurs secondes que les petites gouttes formassent une grande flaque. Je coupai la circulation d'eau et je m'aspergeai le visage, histoire de me rafraichir, de faire comme le robinet : couper mes pensées. Arrêter de penser à Jana non-stop. Même si je savais au fond de moi que je n'arriverai jamais à arrêter de penser à elle.

Pendant neuf ans j'étais avec elle et pendant quatorze ans, Jana était vivante. Donc je ne pourrai définitivement pas l'oublier, car c'était impossible. Mais je crus que j'essaierais de faire en sorte que, quand je penserais à elle, cela ne me fît plus autant souffrir qu'à l'heure actuelle. Qu'un sourire se dessinât sur mon visage dès que je me remémorais un vieux souvenir que je partageais avec elle.

Je regardai mon reflet une dernière fois dans le miroir, puis je repris le bouchon et entendis l'eau s'écouler dans le tuyau, fuyant à tout jamais cette pièce. Je me détournai et revêtis les vêtements que j'avais sélectionnés hier et posés sur le bureau. J'avais faim, aussi. Mais j'ignorai les gargouillements de mon ventre. Pour le nombre de fois où j'avais eu faim... Ce n'était pas vraiment un besoin capital pour le moment.

Je pris le bloc de feuille et saisis le stylo avant d'écrire tout ce qui me passait par la tête. Je n'écrivais pas vraiment pour quelqu'un ; je voulais juste écrire. Écrire pour donner des mots à mon ressenti actuel. Juste pour me convaincre que j'allais bien. Juste pour dire « ma petite sœur me manque. » Mais qui s'y intéressait ? Tous ceux que j'aimais étaient morts. Mes amis, ma meilleure amie et même les parents que je n'avais jamais connus. Ils étaient morts. Alors pourquoi étais-je encore en vie ? Pourquoi écrivais-je ces mots sur Jana alors qu'elle n'était même plus là ? Alors qu'elle devrait être là. Je n'aurai pas dû être là, assis sur cette chaise, penché sur un bloc de feuilles lignées, tenant ce stylo dans la main ? Jana aurait dû être ici, à faire les mêmes actions que moi, utilisant la même plume. Enfin, pas vraiment... Puisque Jana était gauchère.

Mais je l'imaginai très bien, utilisant l'objet, appuyant délicatement dessus afin qu'il dépose son encre sur le papier, le faisant glisser pour obtenir des mots, des mots ayant du sens, pas comme les miens. Mais Jana ne pourra pas faire cela.

Je terminai d'écrire, me promettant de relire cela plus tard, quand j'en aurai besoin, et rangeai le bloc ainsi que le stylo. Toujours le même : le bleu égyptien. J'aimais beaucoup cette couleur. Elle me rappelait le fait que cette couleur n'était pas comme les autres. Elle avait sa nuance, égyptien, et sa couleur primaire, bleu. Alors je l'appréciai beaucoup. Il n'y avait qu'elle, point. Des bleus, il y en avait des milliers. Mais il n'y avait qu'un bleu égyptien. Des James, il y en avait des milliers. Mais il n'y en avait qu'un comme moi. Je pensai que c'était ce que Jana aurait dit.

Je remis la chaise en place et descendis les escaliers. Je n'avais plus rien à faire ici. Peut-être y retournerai-je avant mon départ. Mais je trouverai peut-être quelque chose dans cette maison, quelque chose qui m'expliquera un peu ce monde. Quelque chose qui expliquera pourquoi c'était à moi de venir. Pourquoi c'était à moi de partir. Je voulais le savoir. Plus que tout.

Dix-huit heures sonnèrent. J'allais partir. J'allais vraiment partir ! Je me rendis dans le salon, pris mon sac à dos contenant la nourriture que j'avais laissé non-loin du fauteuil la veille. Je n'eus même pas m'asseoir car Cristian était arrivé à cet instant précis.

« Allez, gamin. MOI, LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA T'EMMÈNE VOIR MA BELLE ! »

Je me contentai d'hocher de la tête avant de le suivre. Nous descendîmes l'escalier, prîmes la porte d'entrée, fîmes claquer notre langue pour la remercier et contournâmes la cabane. Nous arrivâmes dans un potager que nous traversâmes à la hâte avant d'atteindre une grande étendue d'herbe et derrière elle, de l'eau. Beaucoup d'eau. La mer. Alors que je regardai de tous côtés, je ne vis aucun bateau.

Je m'approchai du fou avant de demander :

« On vous a volé votre bateau ? »

Il secoua vivement sa tête avant de froncer les sourcils.

« Bien sûr que non ! Regarde, Anna est là-bas ! »

Quand il finit de prononcer ses paroles, il leva son bras, montrant une petite forme en bois pourri. Une barque ?! J'irai à sa bouteille en plastique en barque ?! C'était une plaisanterie ! Alors que j'allais le faire remarquer au type, ce dernier accourut vers son cercueil ambulant en criant.

« Anna ! Anna ! Oh, tu m'as tellement manquée ! Dix ans que j'attends pour te remonter dessus ! Je t'aime, ma petit Anna ! »

Je poussai un léger gémissement de plainte avant de me diriger vers l'épave en bois.

« Allez, monte mon garçon ! Nous y allons ! MOI, LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA VA TE CONDUIRE À LA BOUTEILLE EN PLASTIQUE ! »

Je fis ce qu'il me dit et pris place en face de lui. Je priai je-ne-savais-quoi intérieurement, demandant à cette entité de me laisser vivre. Parce que je savais très bien qu'avec ce type, mes chances de vies étaient limitées. J'allais mourir bêtement parce que le type installé devant moi et manœuvrant les rames était trop stupide. Je t'aimais, moi-même.

« Nous pouvons quitter sans craindre la cabane puisqu'il y a une Bulle dans Anna. »

Plusieurs heures passèrent. J'avais dormi quelques heures également. J'étais sur le dos, regardant le ciel noir virer au rose. Observant la lune lutter pour rester maîtresse de l'espace. Mais elle était fatiguée et le soleil était plus puissant. Elle perdit la lutte et retourna se coucher, afin de prendre sa revanche plus tard. Le soleil monta rapidement dans le ciel, pour montrer à tous sa grande victoire quotidienne, effaçant les belles étoiles.

Je me redressai et regardai autours de moi. À part le fou, la barque et l'eau, je ne voyais rien. De l'eau. Partout. Il n'y avait que ça. Je soupirai et refermai les yeux.

« Il ne reste que quelques heures, James. La guerre Génocidaire a fait rapprocher tous les continents. Nous ne sommes plus très loin de la bouteille en plastique. »

Je soupirai à nouveau et tentai de m'endormir.

« Réveille-toi, James ! Vite ! »

J'ouvris les yeux et me redressai rapidement.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?! »

L'homme rit.

« Je suis content de t'avoir emmené, toi, James. Tu étais de bien bonne compagnie... Je suis fortement heureux de quitter la vie en ayant emmené le Sélectionné qui pourra potentiellement sauver le monde !

-Pardon ? Qu'est-ce que vous entendez par quitter la vie ?!

-Tout comme mes parents, tout comme ton accompagnatrice, ma tâche s'arrête dès que tu atteins ta nouvelle étape.

-Donc vous allez devoir...

-Me suicider ? C'est exact. Je le fais sans regret, James. Mais je crois que tu seras le dernier Sélectionné de Bruxelles. Tous les espoirs reposent sur toi, désormais. Nous arrivons dans quelques minutes à la bouteille en plastique. Je vais partir maintenant. Ne touches ni à l'eau, ni aux rames tant que tu es dans ce monde. Ne bouge pas. Adieu, James. »

Sur ces mots, il sauta dans l'eau. La barque suivit son cours, m'emmenant loin du fou. Ce dernier, une fois la protection de la Bulle partie, il se nécrosa à son tour. Mort. Je tournai la tête de l'autre côté et vit une espèce de grand tourbillon vert, lévitant à la verticale dans les airs. La bouteille en plastique... Pourquoi appelait-il ce portail comme cela ? C'était ridicule... J'inspirai profondément et la barque prit ce que je prenais pour un portail.

Tout devint noir.
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