Chapitre 9 (OLD)

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Chapitre 9 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:57


Je me réveillai. Je ne voyais rien, à part des arbres. Des arbres, de l'herbe, des buissons. Je levai la tête vers le ciel : je ne l'apercevais pas. C'était à peine si la lumière arrivait à filtrer à travers les arbres. Des arbres... Partout, très grands, effrayant. J'avais l'impression que tous murmuraient "Tu es pris au piège, James. Tu ne vas pas t'en sortir. Tu vas mourir. " Je chassai cette idée noire de ma tête. Je n'allais pas mourir. Mais je ne comprenais pas où j'étais. J'avais beau me creuser la tête, je ne rappelai pas le fait d'arriver dans une forêt. Glauque, en plus de cela.

Je me relevai, enlevai la terre humide qui était sur moi. On m'avait dit que j'allais arriver dans une ville, pas dans une forêt. Mais peut-être que la forêt était la ville... Après tout, j'étais dans un monde parallèle, donc totalement différent du mien. Je me décidai de demander s'il y avait quelqu'un en espéranto, la langue locale.

« Ĉu iu estas? Ne gravas! Il y a quelqu'un ? Ce n'est pas drôle ! »

Je pivotai autours de moi et fis craquer une branche. Des oiseaux noirs s'envolèrent. Je m'étonnais : je venais de crier et rien ne s'était passé, et là je brisais une branche et les piafs partaient ? Je commençai à marcher. Pourquoi est-ce que les corbeaux ne s'étaient pas envolés quand j'hurlais ? J'observai le paysage étrange. La forêt devait s'étendre sur plusieurs kilomètres parce que je ne voyais pas sa fin, dans n'importe quel sens. Plus j'avançai, plus j'avais l'impression de me perdre, d'être coincé. J'avais l'impression qu'on me regardait. Je tournai la tête vers la droite et vit qu'il y avait une biche. Je criai à nouveau.

« Kial neniu povas aŭdi min? Pourquoi est-ce que personne ne m'entends ? »

J'avais hurlé cette phrase. La biche me regardait toujours sans bouger. Je fis un pas vers elle et l'animal repartit au galop. Je ne comprenais pas. Quand je parlais, on ne m'entendait pas. Mais quand je bougeais, on percevait quelque chose. Était-ce un cauchemar ? Si oui, je voulais bien me réveiller. Je regardai mon bras, retroussai ma manche et me pinçai. Je ressentais la douleur ; je ne rêvais pas. Et merde...

Je m'assis sur un lit de mousse, au pied d'un arbre. Tout se ressemblait, il faisait noir, j'étais perdu en pleine forêt et personne ne pouvait m'entendre. Que pouvait-on espérer de pire ? Une bande de corbeaux qui m'attaquaient avant de me tuer pour me manger ? Ridicule...

J'inspirai à nouveau, expirai et pris une grande bouffée d'air avant de crier.

« Ne estis kio estis planita! Kion vi atendas? Ce n'était pas ce qui était prévu ! Vous attendez quoi de moi ? »

Les arbres craquèrent et un groupe d'oiseaux passait devant moi. Comment était-ce possible ? Je l'avais juste imaginé et voilà qu'ils arrivaient ? Je les regardai affluer en masse. Ce n'était pas un groupe, c'était une colonie. Une centaine, voire deux cents de corbeaux se mirent à tourbillonner devant moi, formant une grosse masse noire tournant dans le même sens. Au bout de plusieurs minutes, les oiseaux partirent et un plus gros était au milieu de ce qui formait, il y a quelques secondes, une sphère. C'était un cygne noir. Ses yeux rouges me fixaient. Il battit des ailes et s'envola. Une envie irrépressible de le suivre prit possession de mon corps. Alors je me relevai et commençai à courir après lui.

« Kie vi portas min, nigra cigno? Où m'emmènes-tu, cygne noir ? »

Il se posa sur le sol et me regarda à nouveau. Il ouvrit le bec et une voix féminine en sortit.

« Fermes les yeux et imagine-toi une fille, seule, en train de pleurer et de se débattre.

-Tu... Tu parles ma langue ?! m'exclamais-je

-C'est un rêve, James. Il est évident que je parle le néerlandais. Fais ce que je t'ai dit de faire, maintenant. »

Elle se retourna et je fermai les yeux. Comment ça, je rêvai ? J'avais senti ma pincette, pourtant !

« James, arrête de penser à n'importe quoi et concentre-toi, idiot. » dit le cygne.

Je fronçai les sourcils. Comment avait-elle pu savoir ce à quoi je pensai ? Je secouai la tête et me mis à visualiser une fille. Une fille en train de pleurer et de crier. Cette fille, c'était Jana. Mais elle avait des traits plus fins. Elle criait, elle appelait à l'aide. Et je ne pouvais rien faire. Je l'entendais, j'avais mal au cœur. Je voulais vomir. Entendre Jana crier et pleurer me donnait la nausée.

« Jana ! Jana, je suis là, tout va bien ! »

Mais elle continuait de crier. Elle n'entendait pas ce que je disais. Des larmes ruisselaient sur ses joues. Et toute la vision devint floue. J'ouvris à nouveau mes yeux et regardai le cygne, qui m'observait depuis tout à l'heure.

« Pourquoi m'avoir fait voir ça ? Pourquoi as-tu voulu que j'imagine cela ?!

-Pour que tu comprennes ce qu'il va se passer. Plus tard, bien plus tard, cette information te sera utile pour que tu fasses ton choix.

-Mais pourquoi ? Quel choix ?!

-Fais attention, James. Fais très attention aux personnes en qui tu places ta confiance. Ce monde peut être à la fois très beau, mais c'est l'un des pires. Ce monde est bien plus horrible que le tien : les gens n'hésitent pas une seule seconde à tout sacrifier, même leurs propres enfants, pour rester en vie. Bonne chance, James.

-Attends ! Qui es-tu ?!

-Appelle-moi Satya. Nous nous reverrons, James. Plus vite que tu ne le crois. »

J'hochai de la tête. Elle me fit un clin d'œil et s'envola, me laissant dans cette forêt.

Les cris de Jana reprirent de plus belle, comme tout à l'heure. Sauf que cette fois-ci, je ne l'imaginai pas. Je l'entendais vraiment. C'est un rêve, James. Rien de tout ceci n'était réel. Je rêvai. Je cauchemardai. Étais-je mort ? Cela expliquerait sans doute le fait que je crus que c'était la réalité mais qu'en fait ce n'était qu'un rêve... Oui. J'étais mort. Mais je ne voulais pas être mort ! Jana pleurait et criait des mots que je ne pouvais comprendre : je n'arrivai pas à penser. Ce n'est pas la vraie Jana. Ce n'est pas la vraie Jana. Ce n'est pas la vraie Jana.

Elle cria. Encore et encore. J'avais mal à la tête et au cœur. Ceci n'est pas réel. Rien de cela ne l'est.

La fille cria encore plus fort. Son cri strident me fit tomber à genoux et je me bouchai les oreilles pour ne pas entendre. Pourquoi est-ce qu'elle criait ? Que se passait-il ? Où était-elle ? Pourquoi est-ce que Satya a dit que cela m'aiderait ?! Je préférerai ne rien entendre et ne pas être entendu, comme avant.

« Bonvolu ne faru tion! S'il te plait, ne fais pas ça ! »

J'enlevai les mains de mes oreilles et regardai de tous côtés. C'était Jana. C'était sa voix. Mais où était-elle, bon sang ?! Que se passait-il ?!

« Mi petegas vin, mi faros ion ajn vi deziras, sed ne faru tion! Je t'en supplie, je ferai tout ce que tu veux, mais ne fais pas ça ! »

Je courais en direction des cris de Jana, ou de la fille qui avait une voix très ressemblante. J'avais l'impression que plus j'allais en direction du bruit, plus je m'en éloignais. Ce n'est pas réel. J'avançai plus vite. Il fallait que je trouvasse cette fille. Je devais comprendre pourquoi elle criait. Je devais empêcher cette personne de faire un acte que je ne connaissais même pas.

Mais alors que je m'approchai d'une petite clairière, les cris moururent. Je m'avançai au milieu de celle-ci et me penchai sur l'herbe. Un bracelet argenté avec un pendentif en forme de croissant de lune avait été laissé là.

« James ! Regarde ce que ma mère m'a offert ! »

Elle releva délicatement sa manche et me présenta son avant-bras droit nu, habillé d'un unique bracelet d'argent. Il était trop grand pour son fin poignet, il serait aisé de le perdre. Mais même après neuf ans, elle le portait toujours. Je lui souris.

« C'est chouette ! Comment a-t-elle trouvé ça ? »

Jana baissa les yeux vers le sol et pinça ses lèvres, d'un air coupable.

« En fait, ce n'est pas ma mère qui me l'a donné... Je l'ai trouvé près de mon oreiller. Alors j'ai supposé que c'était un cadeau de ma mère ! »

J'hochai simplement de la tête, tout en observant le quartier de lune qui pendait.

C'était exactement le même bracelet. Je jouai avec la chaîne, la faisant glisser entre mes doigts. Sur la lune se trouvait une petite pierre blanche qui scintillait. C'était le bracelet de Jana ! J'en étais certain !

Je relevai brusquement la tête et vit une grande banderole accrochée dans les arbres, juste devant moi. Des mots rouges sang formaient ce que je supposai être une citation de quelqu'un. La peinture, enfin, ce que je croyais être de la peinture, n'avait pas totalement séché et coulait le long du drap. Je pouvais facilement lire "Le deuil n'existe pas. On se souvient de tout. On se souviendra toujours de tout. Dans les moindres détails. " Cela m'arracha un sourire triste.

Jamais je ne pourrai oublier Jana.

Je regardai à nouveau le bijou qui était au creux de ma main droite avant de me relever et de faire demi-tour. Je sursautai. À trois mètres de moi se trouvait une espèce d'épouvantail. Devant lui, il y avait une pierre tombale où il était écrit "Pourquoi ne m'as-tu pas sauvée, James ? Pourquoi m'as-tu laissée mourir ?"

Je mis ma main devant ma bouche pour étouffer un sanglot. Une larme de tristesse et de rage coula sur ma joue. Je mis l'objet dans ma poche arrière et criai.

« Rien de tout ça n'est réel ! »

Je fermai les yeux très fort et me sentis tomber vers l'avant. Je ne pus rouvrir les yeux avant au moins cinq bonnes minutes. Quand je me réveillai, j'étais sur le dos et je pouvais très bien voir le ciel bleu. Il n'y avait aucun nuage et le soleil brillait. Je me redressai, vis que j'étais dans ma barque au plein milieu d'une immensité d'eau couleur turquoise. Je mis une main dans la poche arrière de mon pantalon et sentis la chaînette de Jana.

Tout ceci était totalement réel.
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