Chapitre 3 (OLD)

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Chapitre 3 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:47

On ne voyait rien. Absolument rien du tout. C'était comme si un voile noir avait soudainement recouvert la totalité de la Bulle. Je ne comprenais pas. Personne ne comprenait quoi que ce soit. Mais j'entendais. Des cris de terreur résonnaient et des pleurs étouffés faisaient écho. Certaines personnes en appelaient d'autres pour essayer de les localiser. Des gens me bousculaient dans la panique, mais moi je restai immobile. J'attendais que ma vue s'adapte à l'obscurité complète qui régnait à présent sur Bruxelles. Mais même si j'attendais, je ne voyais rien. Je n'arrivai pas à trouver mes marques. Ce n'était pas comme s'il faisait noir, qu'on était le soir ou qu'il y avait une éclipse solaire ou que-sais-je. Cette noirceur n'était absolument pas naturelle. Quelqu'un l'avait provoquée. Et ce quelqu'un allait justement nous expliquer ses raisons.

« Bonjour. Excusez-moi mon attitude grossière, mais en fait... Non, oubliez ce que je viens de dire, je m'en fiche de ce que vous pensez de moi. »

Silence.

Ce blanc me permit de faire le point sur certaines choses.

Cette personne était de sexe masculin. Sa voix était grave, mais pas trop, on pouvait donc déduire qu'il avait entre trente et quarante ans. Mais une question était gravée dans mon esprit : Pourquoi ?

Pourquoi avoir plongé la Bulle dans le noir le plus complet ?

Pourquoi s'arrêter en plein milieu de sa phrase avant d'en commencer une autre afin de nous laisser encore plus perdus qu'auparavant ?

Pourquoi ne se présente-t-il pas ?

Pourquoi ne continue-t-il pas son monologue ?

Pourquoi pourquoi ?

« Pardonnez-moi de vous avoir laissés vous faire une fausse joie et d'avoir laissé l'espoir naître dans vos petits cœurs, mais je vous annonce un léger changement de programme :

Le Sélectionné sera James.

J'ai... Comment dire ? Énormément de moyens de pression sur vous. Comme.. Je ne sais pas, moi. Vous laissez dans le noir ? Couper l'oxygène ? Empêcher la pluie de pénétrer dans votre petit dôme ridicule ? Cela est suffisant ou vous en voulez, par le plus grand des hasards, encore un peu ? ...

Non ?

Bien, c'est ce qu'il me semblait. La seule chose que je vous demande, c'est d'envoyer James à la place de cette... Jana ? Le reste, vous le faites comme vous le désirez. Et si cette unique condition n'est pas remplie... Et bien... Vous pouvez dire "Adieu" à votre très chère vie ! »

James ? Non... Non ? Non... Non. Non. Non. Non ! Non ! NON ! Hors de question, non ! Plutôt crever ! Non ! Il n'avait pas le droit de changer cette Quatrième Édition de malheur comme cela, parce qu'il l'avait décidé et qu'il avait les moyens pour ! On ne pouvait pas faire ce qui nous chantait ! Personne n'avait ce privilège et certainement pas lui ! Pourquoi moi ? MOI ?! Bordel ! Non, il ne peut juste pas. En fait, c'était juste une blague, hein ? Juste une très très mauvaise blague. Je vous pariais que c'était Armin qui a fait le coup, avec un modificateur de voix qu'il avait déniché en fouillant je-ne-sais-quoi. Ahah, très drôle Armin, franchement, bravo. Tu nous avais tous fait flipper, c'était très bien, désormais tu pouvais arrêter. Ou alors, tout ceci n'était qu'un rêve ? Et je venais simplement de songer à la totalité de ce bordel complet ?

Le dôme laissa alors à nouveau filtrer la lumière naturelle. Mais tout semblait plus fade, incolore, désormais. Et se fut en regardant la tête des autres que je compris la gravité de la situation. Naïf ? Je l'étais pendant une fraction de secondes. Et maintenant ? Je repensai brièvement à la question de Ranja qu'elle m'avait posée un peu plus tôt. J'allais bien ? Non. J'étais en vie ? Oui. J'étais heureux ? Non. J'étais triste ? Non plus. J'étais en colère ? ...

...

...

Oui, j'étais en colère. Contre tout ce bordel. En colère contre ce type totalement inconnu qui nous annonçait comme une fleur qu'en fait, c'était à moi d'y allait. À moi de briser tous les espoirs, une fois de plus. Dans dix ans, peut-être qu'il trouveront quelqu'un de bien. Dans dix ans, peut-être que Bruxelles et le reste du monde aura la chance de connaître quelqu'un de plus compétent que moi et qu'il sera peut-être sauvé.

Mais je savais que jamais je n'arriverai à accomplir une telle tâche. Et ils le savaient. Mais leur vie était beaucoup plus importante que celles des générations futures des quatre autre villes, du monde entier ! Parce que Jana était notre chance ! Notre seule chance ! Et il venaient de la gâcher par simple acte d'égoïsme. De l'égoïsme pur et dur. Même si ça ne me surprenait pas réellement, j'étais abasourdi.

Ils préféraient voir leurs enfants et ceux des autres villes mourir parce qu'ils n'auront plus de ressources que de faire le seul sacrifice censé et mourir. Mourir pour l'humanité.

Nous n'avions plus aucune religion.

Mais je pensais avoir foi en l'espèce humaine.

Mais j'avais tord.

« James...» souffla Jana, qui, pendant que j'avais été totalement absorbé par mes pensées, était descendue de l'estrade.

J'avais mal au cœur, alors que je ne faisais que la regarder. J'avais mal pour elle. Je la pris dans mes bras et là, la vérité me revint de plein fouet : Jana allait être abattue, ainsi que les autres, tout comme les deux autres générations de Potentiels avant eux, étant donné que la Première Édition n'avait personne de préparé. Je m'en voulais. Me dire que bientôt elle ne sera plus là à cause de moi me donnait mal au cœur. Je voulais juste... Partir. Échanger à nouveau ma place contre la sienne. Remonter dans le temps afin d'empêcher tout ceci.

Mais ce qui était fait était fait.

Je m'écartai d'elle et l'observai quelques secondes avant de détourner le regard.

« Jana, il faut que tu sach... commençai-je.

-Je sais, James, me coupa-t-elle, retenant un sanglot.

-Je... Tu... Excuse-moi...»

Elle ne répondit rien. Les gens autour de nous nous regardaient, avec un mélange de dégoût envers ma personne et cette situation ainsi que de compassion. Personne ne bougeait et surtout, personne ne disait quoi que se soit. Je pouvais prendre mon temps, ils s'en fichaient. Ils voulaient juste que je parte.

Ils voulaient vivre.

Et laisser tous les Potentiels mourir. Et Jana et moi avec.

« Je voulais que ce soit toi, dit-elle de but en blanc.

-Quoi ?

-Je voulais que ce soit toi qui parte.

-Mais pourquoi ?

-Je sais énormément de choses, James. Et beaucoup que tu ignores. Un jour, tu le sauras. Mais seulement si tu y vas. Je savais que ça allait se passer ainsi mais... »

Elle haussa des épaules.

« Tu ne me connais pas vraiment. »

Suite à cela, elle ferma les yeux, resta comme ça quelques secondes avant de partir.

Partir à jamais loin de moi.

Je me sentais vide, las. Mon monde, qui autrefois était coloré et gai, venait de perdre toute sa splendeur. Il était triste, morne. En une heure, beaucoup de choses s'étaient passées. En une heure, j'avais tout perdu. Absolument tout.

Le visage inexpressif, je jetai un dernier coup d'œil vers Jana. Rien. Elle me tournait totalement le dos. Dans tous les sens du terme. Alors j'avançai, posait un pas devant l'autre, disposant le poids de mon corps tantôt sur la jambe gauche, tantôt sur la droite, traînant les pieds, faisant racler la semelle de mes chaussures sur les pavés de la Grand Place de Bruxelles. Je montai les marches de l'estrade, d'un air éteint. Tout le monde pensait compatir pour ma Sélection imprévue, mais personne ne savait ce que je ressentais au fond. Personne. Oh non, c'était vrai que c'était plutôt cool de se faire sélectionner pour aller crever dans un monde parallèle et de perdre sa meilleure amie à jamais, qui, en passant, connaissait des trucs et qui n'allait jamais te les révéler ! Alors oui, j'adorais ma vie ! Notez l'ironie, comme d'habitude.

Le reste de la Quatrième Édition se déroula comme prévu, supposai-je. Parce que j'avais totalement décroché. Je n'écoutai rien, j'étais juste en plein débat mental avec.. mon fort intérieur. Je repris conscience de ce qu'il se passait autour de moi quand tout le monde se mit à applaudir. Alors le leader reprit la parole.

« Bonne chance à vous, James et Lotte. »

Sur ce, il partit dans ses appartements privés, rejoindre le luxe et le confort que lui conférait son statut volé de dirigeant de Bruxelles. En attendant qu'on vienne nous chercher, j'observai la fille.

Je l'avais déjà vue. Lotte Naaister. La vingtaine, Couturière de talent. Elle avait les yeux gris-verts et de longs cheveux châtains liés en queue de cheval haute par un morceau de tissu. Elle avait une taille moyenne mais était tout de même plus petite que moi. Elle avait déjà un mari, Stefen, gagnait très bien sa vie, mais, aussi bizarre que cela aurait pu paraître, elle était maigre. Très maigre. Pourtant, cela ne changeait en rien sa beauté. Elle me regarda, m'adressa un bref hochement de tête en guise de salutation et se détourna.

Des Gardes arrivèrent et se postèrent à nos côtés avant de nous intimer l'ordre d'avancer. Nous nous dirigeâmes vers la Rue de la Colline, puis continuâmes dans celle du Marché aux Herbes avant d'entrer dans un ancien salon de coiffure qui servait maintenant de QG aux Gardes et aux personnes assez importantes pour y accéder. Nous arrivâmes dans une petite pièce où un Garde commença à nous expliquer le fonctionnement d'une ceinture qui servait, entre autre, de bouclier contre les radiations encore présentes dans la nature. Il nous expliqua ensuite l'itinéraire à prendre, ce qu'on devait manger, ce qu'on devait faire, combien de kilomètres on devait réaliser par jour... Bref, tout. Sauf comment ça se passera une fois arrivés à destination.

Je pris le sac avec la bouffe, Lotte celui avec tout le matériel nécessaire ainsi que la carte connectée. C'était un bout de papier qui nous donnait énormément d'indications et tout le tralala inutile. Franchement, je me demandai comment les gens de l'époque arrivaient à vivre avec tant de technologie futile et informations superflues. On me tendit ma ceinture et je pus voir dans le coffre qui les contenait qu'il n'y avait que deux ceintures restantes. Quoi ?! Mais, il devait en avoir bien plus. Beaucoup plus. Elles devaient être seize, pas deux. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'il ne nous restai plus que dix ans avant de voir notre peuple dépérir ? Combien de tant il nous restait, dans ce cas ? Enfin, non. Combien de temps il leur restait ?

Une fois tout donné, on nous fit aller jusqu'à la paroi de la bulle la plus proche. Mais alors qu'on vérifiait une dernière fois le matériel, j'entendis quelque chose qui me brisa encore plus le moral qu'avant : des coups de feu. Dix-neufs, pour être précis. Et l'un d'eux était pour Jana.

Jana était morte désormais.

Et moi je le serai bientôt si j'échouai.
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