Chapitre 5 (OLD)

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Chapitre 5 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:52

Jana Bewaker était morte. Et James était mort. Juste intérieurement. Je ne trouvais pas cela juste. Mais les rôles ont été inversés. De manière irréversible. Un peu comme si aucun retour en arrière n'était possible. En fait, tout était devenu impossible. La survie du monde ? Impossible. Arriver sain et sauf dans l'Autre Monde ? Impossible. Voir Jana vivante ? Impossible. Être heureux ? Impossible.

Mourir ?







C'est une réalité.

Je n'avais plus rien dit. Plus rien depuis mon échange avec elle. Mon dernier échange. Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi les avait-elle laissé faire ? Pourquoi était-ce moi qui était là, à sa place ? À ce putain d'endroit, vivant ? Vivant et pas mort ? Mais c'était quoi la différence ? Hein ? Vivre, mourir, la barrière était assez fine. Très fine. Trop fine. Et si j'étais en train de rêver ? Non... J'avais renoncé à tout espoir. Je ne rêvai pas. Loin de là. Jana était morte. James était vivant. Jana était loin. Mais James n'avait pas quitté le point de départ de sa vie. En fait, Jana était arrivée à la dernière case et elle avait abandonné la partie. Elle ne voulait pas attendre que James la rejoigne. Elle était juste... Partie, en tournant le dos. Partie sans aucun regard vers moi. Partie comme une lâche.

C'était ce qu'elle était. Les choses étaient comme elles le sont. L'effet papillon était irréversible. Et le temps inchangeable.

Il en voulait à Jana. Il lui en voulait parce qu'elle ne lui avait rien dit, à propos de ces choses qu'il devait découvrir. Rien. Absolument rien. Le néant. Seule sa phrase résonnait encore dans mon esprit. Tu ne me connais pas vraiment. Si, si, bien sur que si, je te connais ! Tu t'appelais Jana Bewaker, Potentielle née le même jour que moi. Tu étais brillante, un avenir tout tracé se dessinait pour toi. Tu aurais pu sauver le monde, nous sauver, mais tu as préféré échanger les places. Tu as préféré refaire tourner la roue. Et je me retrouvai là, à ta place, ta mort sur ma conscience. Mais tu ne m'en voulais pas. Parce que j'étais ton meilleur ami. J'étais censé être ton meilleur ami.

Mais je ne te connaissais pas.

Mais au fond, qu'était-ce qui définissait réellement "connaître une personne" ? On ne pouvait pas vraiment la connaître parce que cette personne portait un masque, comme Jana l'avait fait avec moi. Avec tout le monde, en fait... Donc au final, même si on croyait connaître quelqu'un, on pouvait totalement se fourvoyer et découvrir une personnalité interne opposée au rôle que cet individu jouait.

Jana était cet individu. Jana jouait avec moi depuis tout ce temps. Jana avait toujours voulu que je parte dans l'Autre Monde. Mais pourquoi ? Pourquoi avait-elle voulu cela alors que quand elle en parlait, elle avait des étoiles dans les yeux ? Bordel, j'étais juste totalement stupide. J'avais oublié pendant une fraction de seconde que Jana n'était qu'une hypocrite.

Même si j'étais en colère contre elle, j'étais tout de même triste. Trop triste. Même si elle jouait avec moi, je l'aimais. Elle était comme... ma propre sœur... Et tout lui mettre sur le dos ne servirait à rien. À rien du tout. Juste à m'empêcher d'être triste en la détestant. Et même si elle était la pire personne que je n'avais jamais connue, elle n'en restait pas moins ma meilleure amie. Enfin, elle était censée l'être.

Mais bon sang, qu'est-ce qu'elle me manquait... Son rire, ses câlins... Juste sa présence. Rien que ça. Même si elle me haïssait. Le simple fait de la savoir en vie m'aurait réchauffé le cœur.

Mais Jana était morte.

Ma meilleure amie était morte à cause de moi.

À cause d'eux.

Un brusque sentiment de colère prit possession de moi. C'était à cause de ce connard de l'Autre Côté qu'elle était morte. Si elle ne respirait plus, c'était sa faute. C'était aussi la faute à ces cons avec leur démographie stupide qu'elle ne pouvait plus rire. "Les personnes les plus faibles de la société" mais bien évidemment ! Et moi je suis Charlemagne !

Elle était intelligente ! Bien plus que la plupart des idiots que je pouvais côtoyer ! Mais non ! Soit disant elle n'avait pas eu de formation complète alors elle ne pouvait pas être douée ?! Elle en savait bien plus que nous, sur certains domaines. Bien plus que quiconque. Bien plus que ces imbéciles ! Alors dire que comme elle n'a pas eu et n'aura pas de formation complète, elle était faible ? Mais allez tous vous faire voir ! Parce qu'elle était bien mieux que vous tous, bande d'ordures ! Vous êtes juste cons ou totalement timbrés ? C'était le pire choix à faire en m'envoyant moi ! Mais non, on voulait bien évidemment sauver son petit cul avant que la vie ne soit plus possible dans cette Bulle de malheur ! Et quand il n'y aura plus assez de nourriture du tout, vous ferez quoi ? Parce que ça arrivera ! Vous irez tous vous regarder crever les uns après les autres ou alors ce sera la guerre qui se déclenchera ? Est-ce que le peuple était un minimum assez intelligent pour comprendre cela ? À moins qu'ils étaient déjà tous pervertis par cet enfoiré ?

Lotte me tira de mes pensées noires et agitant doucement la main. Elle parla mais je n'entendis pas. Je me contentai d'hocher de la tête et remarquai qu'elle commençait à marcher, la carte électronique en main. Je compris qu'elle m'avait demandé si j'étais prêt. De toute façon, est-ce que mon avis comptait-il toujours, maintenant ? J'étais juste l'agneau à sacrifier pour assurer le "bon" fonctionnement de la Bulle. Alors prêt ou pas, avais-je le choix ? Non. Bien évidemment que non. Et Lotte n'hésitera pas à employer la force si cela s'avère nécessaire. Elle ne voulait pas que son mari meure, chose compréhensible, en soit. C'était beau l'amour, finalement. Elle était prête à se sacrifier et offrir un gosse à une mort certaine juste pour sauver son mari... Je me demandai si je ressentirai ce genre de choses, un jour, si je survis.

Uniquement si je survivais.

On commença à marcher. Un, deux, trois, quatre, cinq kilomètres étaient déjà derrière nous. Combien devions-nous en faire jusqu'à l'embarcadère, à la Mer du Nord ? Ou du moins, ce qu'il en restait ? Environ cent dix kilomètres. On avait encore le temps d'y arriver... Je fis un rapide calcul mental et il nous faudrait environ vingt-quatre heures de marche, sans pause. Donc dans deux-trois jours, nous sommes là-bas.

Personne ne parlait. Lotte n'osait pas déranger mes réflexions et moi, je pensai à tout ce qu'il venait de se passer. La Sélection de Jana, le Noir, ma Sélection, les paroles de Jana, sa Mort. Tout cela tournait en rond dans ma tête, sans que je ne réalisai vraiment. Elle était morte et rien ni personne ne pourra la sauver.

Pas même moi.

C'était trop tard.

Et c'était de ma faute.

Lotte s'arrêta. Je me retournai, la questionnant du regard. Elle haussa les épaules.

« Mangeons, cela fait déjà trois heures que nous marchons le ventre vide. »

Je me contentai d'hocher de la tête avant de prendre le sac qui se trouvait jusqu'à maintenant sur mes épaules et de l'ouvrir. Je piochai juste une pomme et refermai la fermeture éclair avant de le passer à la fille. Elle prit la même denrée que moi et nous nous assîmes par terre. Nous mangeâmes silencieusement et lentement, appréciant le maigre repas que nous nous autorisions à prendre. Quand j'eus fini, je jetai mon trognon derrière mon épaule et vis, avec grand étonnement, que dès qu'il eut quitté le champ de protection que ma ceinture engendrai, le restant de pomme se nécrosa. Je frissonnai de terreur face à l'idée de mourir ainsi, si jamais ma ceinture ne marchait plus. Lotte m'imita, et nous reprîmes la route, un peu plus rapidement. Encore une fois, personne ne parla. À quoi bon ? Qu'est-ce qu'on pouvait bien se dire ? "Chic, je suis content de savoir que tu vas mourir en m'accompagnant, Lotte ! Et ton mari, il va bien ?"

Non, bien sur que non. De toute façon, on s'en fichait pas mal. On allait tous les deux crever, alors pas la peine de faire les présentations. C'était curieux, mais ce moment me rappela un livre que j'avais volé, aux Archives, avec Jana. On l'avait tous les deux lus. Il s'appelait comment, déjà ? Ah oui, Marche ou Crève, de Stefen King. Dans cette histoire, il y avait 100 participants et ils devaient tous marcher à plus de cinq kilomètres à l'heure, sinon ils se feraient abattre. Cette situation m'évoquait la notre. Si on ne marchait pas assez vite, si on n'atteignait pas l'embarcadère avant quatre jours, ils désactiveraient nos ceintures. Et notre corps se nécrosera, tout comme les pommes.

Malgré toute l'angoisse que cette affaire me procurait, mes pensées revenaient toujours à Jana. Comment elle aurait géré ce problème ? Aurait-elle regretté ma mort autant que je regrettai la sienne ? Se sentirait-elle aussi coupable que je l'étais ? Ou, au contraire, ne se sentirait absolument pas concernée par mon agonie ? S'en foutrait-elle ? Serait-elle déçue d'avoir été Sélectionnée ? Ou bien, en serait-elle heureuse ? Est-ce qu'elle pensai à ce qu'il allait se passer ? Est-ce qu'elle croyait qu'elle allait mourir ? Avait-elle peur ?

Toutes ces questions resteront à jamais sans réponse.

Jana n'était plus à.

J'avais atteint le point de non-retour.
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