Chapitre 6 (OLD)

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Chapitre 6 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:53

Cela faisait environ deux jours que nous marchions. On ne parlait toujours pas. Je n'y voyais pas l'utilité. Et Lotte non plus, visiblement.

Jana me manquait. Mais un peu moins. Son souvenir s'effaçait au fur et à mesure que la douleur dans mes jambes croissait. Mon esprit était focalisé là-dessus. Était-ce parce que j'avais vraiment mal ou simplement parce que je ne voulais plus penser à elle ? Ou les deux, peut-être ? J'essayai de me remémorer la langue qu'on avait apprise à l'école, la langue locale, pour dialoguer avec les autres. Enfin, si tout ce bordel était réel, chose que je doutai fortement.

Il commença à pleuvoir. Pleuviner, tout du moins. Mais les nuages avaient un aspect étrange. Comme un aspect radioactif... C'était logique, dans un sens. Mais cela m'étonnait également. Nous buvions cette eau, sous le dôme, pourquoi ici, l'eau semblait trop étrange ? Y avait-il un filtre, ou quelque chose qui fît le même travail. Les éléments de la nature se dissolvaient devant moi. C'était un peu comme si une mare d'eau de déversait sur le paysage qui était encore passable pour le décomposer. C'était étrange, et cela me rappela encore plus le fait que ma ceinture pouvait se désactiver à tout moment. Je frissonnai d'effrois, mais je ne disais encore rien.

J'étais fatigué, mais les pauses se faisaient rares. Une sur la journée, et elle n'intervenait qu'au soir, dès qu'il faisait trop noir pour avancer. On mangeait un peu nos réserves puis on dormait jusqu'à ce qu'on y vît. J'avais faim, mon estomac me le faisait bien comprendre. J'étais fatigué et mes jambes me le criaient. Mais j'étais triste, et cela, seul mon cœur le clamait plus que tout.

Les heures défilaient, si bien que la nuit commença à tomber. Lotte ne s'arrêta pas, je fis de même. Nous avancions, éclairés uniquement par la carte électronique. J'entendais par là qu'on n'y voyait absolument rien. Nous marchâmes encore et encore. La pleine lune avait chassé les nuages et voilà qu'elle nous éclairait, à son tour. Comme pour nous souffler "Courage, vous y êtes bientôt. Vous verrez la mer, puis toi, James, tu verras l'océan. C'est beau, l'océan. Tu aimeras bien. Ensuite, je te retrouverai. Mais plus loin, dans une autre dimension." Et je me forçai d'y croire. J'avais besoin de le croire avant de perdre tout espoir. Tout espoir de survie. Je devais tirer une leçon du sacrifice de Jana. Je devais vivre. Vivre pour elle. Même si elle me mentait depuis le début.

"Tu verras, mon enfant, tu verras comment est l'océan." Oui, je le verrais. J'étais certain, maintenant que j'allais le voir. J'allais vraiment le voir. J'allais vivre. Je ne savais pas si c'était de la naïveté pure et simplement un peu trop d'espoir. Quoi qu'il en soit, la façon de penser de Jana avait déteint sur la mienne. Un peu trop à mon goût, d'ailleurs.

Je vis au loin une cabane étrange perdue en plein désert. Enfin, ce n'était pas vraiment un désert, cet endroit, mais c'était ma façon de le percevoir. Bref, il y avait une cabane étrange. Elle n'était pas petite, elle était même très grande, pour un truc paumé loin d'une Bulle. Mais ce que j'aperçus derrière la cabane me choqua encore plus : de l'eau. Une grande étendue d'eau. La mer ! Enfin ! La lune nous éclairait-elle donc uniquement pour que nous puissions admirer le manteau bleu de nuit ? Sûrement. Mais cette couverture couleur lapis-lazuli me rappelait quelque chose de familier. Trop familier. Quelque chose que j'avais déjà côtoyé dans le passé. Comment était-ce possible si je n'avais vécu que dans la Bulle ? Une vie antérieure, peut-être. Oui, possiblement. Très probable, même.

Nous marchâmes d'un pas plus hâtif. Nous étions tout les deux, même sans parler je le savais, impatients d'arriver à destination. Ma vue se précisait au fur et à mesure et je pus distinguer un peu mieux la construction loufoque. En effet, il y avait plusieurs tourelles des plus étranges. Cela m'inquiétait un quelque peu pour la santé de celui ou celle qui l'avait construite. Mais surtout, est-ce que la bâtisseur frappadingue était encore en vie ?

Lotte s'arrêta brusquement. Je me stoppai à mon tour, me retournai vers elle et inclinai légèrement la tête sur le côté, comme pour dire "Qu'est-ce que tu fiches, bon sang ?!" Elle hocha de la tête négativement avant de me donner la carte et ses affaires.

« Mon voyage s'arrête ici, James, dit-elle.

-Mai... commençai-je

-Non. Sauve ce monde pourri, James. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi. Pour mon mari et pour toutes ces personnes innocentes cloîtrées sous la Bulle. J'ai bien vu que des ceintures ont été volées. Il ne leur reste que quelques chances, et je pense bien que tu es leur meilleur potentiel de survie, après ton amie Jana. »

Elle haussa des épaules avant de reprendre.

« Il ne leur reste que quelques années, James. Fourre-toi ça bien dans le crâne et ne les abandonne pas. Tu ne peux pas leur faire ça. Et si toi tu t'en sors, je te jure de venir te hanter jusqu'à la fin de ta paisible vie ! Jure-le ! Jure que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour les sauver !

-Je.. je te le promets, Lotte.

-C'est fou ce que tu as une façon étrange de prononcer mon prénom. Au revoir. »

Sur ces mots, elle appuya sur le bouton qui lui permettait de désactiver sa ceinture manuellement. Elle uniquement avait ce genre de ceinture. Son champ de force se désactiva et je vis que sa peau commençai déjà à se nécroser. Je tournai la tête, ne voulant pas assister à ce spectacle macabre.

Après plusieurs minutes, je secouai doucement ma tête, de gauche à droite et inversement, et murmurai un simple "Adieu", ne regardant toujours par l'endroit où elle était. Je me retournai afin de continuer mon chemin vers la cabane étrange.

Une fois que j'arrivai à un rayon de moins de cinquante mètres de la maison anormale, ma ceinture se désactiva. Non.. Je ne pouvais pas mourir, pas maintenant. Pas après tout ce bordel. Non, non, non, non, non. Ils n'avaient pas le droit de me désactiver ! J'étais encore dans les temps ! Bordel, mais pourquoi ils me tuaient si près du but ?! Ils ne pouvaient juste pas me laisser la magnifique illusion de réussite ?! Bien évidement que non ! Tout le Tirage au Sort n'était qu'une mascarade, elle nous servait juste à donner un espoir fou à la population, pour les tenir bien gentiment en laisse et d'éliminer beaucoup de personnes s'étant formées pour ce stupide rôle et de faire crever trois jours plus tard la personne qui avait eu la débilité de croire ces conneries ! C'était trop facile, tellement bien pensé ! Et ce petit moment dans le noir, c'était juste pour soumettre encore plus ce peuple totalement naïf qui n'était pas foutu de voir que ce n'était qu'un ramassis de conneries pour tous nous mâter ! Bande d'idiots ! Et vous vous laissiez guider par des égocentriques narcissiques égoïstes ? Bravo la populace ! J'étais très fier de vous !

Minute...

Cela faisait bien trois minutes que je monologuais intérieurement, comment cela se pouvait-il que j'avais encore la force de penser et d'insulter tout le système de la Bulle tout en ne sentant aucune douleur ? Je voulais dire, pas une seule du tout ? Je regardai mes mains, rien. J'étais en vie ! Mais.. Comment était-ce possible ? Je n'avais plus de champ de protection ! La cabane... Elle devait posséder une Bulle, également... C'était obligé...

Je m'approchai avec réticence du chalet fantaisiste et entendis quelqu'un chanter ; non, plutôt crier très faussement en néerlandais une chanson stupide.

« Ik heb een boot,

Ik heb een hele mooie,

splinter nieuwe boot,

haar naam is Anna,

en ze ligt hier in de shoot.

En ik ga varen op een kanaal,

het is de allermooiste boot van allemaal ! »

D'accord... J'avais déjà très peur de ce type à cause de sa baraque cheloue, mais là ça s'empirait. J'avançai encore, jusqu'au pied de ce que je supposai être la porte d'entrée. Je vis un bouton ressemblant à une sonnette et j'appuyai dessus. Cette dernière enclencha une phrase étrange, dans une langue que je ne connaissais pas, du français, sans doute, dans tout l'habitation de fortune. Cette phrase était "QUELQU'UN EN BAS. VA OUVRIR." qui se répéta plusieurs fois. Quatre ou cinq, je dirai. L'homme s'arrêta de chanter la chanson sur son bateau et arriva. Il ouvrit la porte brusquement avant de crier.

« QUI ES-TU POUR DÉRANGER LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA ?!

-Euh.. Je-je... Je suis le Sélectionné de Bruxelles.

-Oh... MOI, LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA, JE TE CONDUIRAI VERS LA BOUTEILLE EN PLASTIQUE ! »

Je ne répondis rien, me contentant de le regarder, étonné et un peu effrayé par la folie de cet individu. C'était lui... qui allait diriger le bateau pour le triangle de Bermudes ? ... J'avais bien peur qu'il ne nous fît couler avant d'arriver là-bas...

« Oh... Viens, gamin. MOI, LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA, JE VAIS TE DONNER À MANGER ET T'HÉBERGER JUSQU'À NOTRE DÉPART POUR LA BOUTEILLE EN PLASTIQUE ! »

Je ne comprenais toujours pas pourquoi il me parlait de bouteille en plastique, mais je ne le relevai pas. Ce type avait l'air particulièrement atteint. Peut-être à cause de la solitude ? Il m'invita à entrer et je le suivis. Il claqua de la langue quatre fois et referma la porte. Il fronça les sourcils, d'un air sévère.

« Et bien, gamin ?! POURQUOI TU NE REMERCIES PAS LA PORTE DE T'AVOIR FAIT ENTRER ?

-Je... Merci, porte.

- MAIS NON, PAS COMME ÇA ! CLAQUE TA LANGUE, ESPÈCE D'IDIOT IMPOLI ! »

Je m'exécutai et le "seigneur capitaine du bateau Anna" se retourna, pour monter un escalier pas très stable. Il ne dit rien de plus et continua d'avancer. Je l'imitai et nous arrivâmes bientôt dans un couloir fait de bois pourri. Mais sur quel fou j'étais tombé ? Il bifurqua sur sa droite et me montra un petit salon, peint en vert pomme, avec un plancher plutôt correct. Il y avait une causeuse en cuir brun, recouverte d'un châle blanc fait au crochet, un fauteuil de couleur identique à la causeuse, mais il y avait un énorme coussin bleu marine dessus. Au milieu de ces deux élément se trouvait une table en verre avec un service à thé au-dessus. Les murs étaient recouverts de cadres, dont un avec une tête d'une personne avec le visage blanc, deux fines lignes écarlates reliaient les deux yeux à la bouches, son nez était rouge et ses lèvres pourpres. Ses cheveux n'étaient présents que sur les côtés et l'arrière de sa tête, il n'avait rien au sommet de son crâne. Et sa chevelure étrange était rousse. Il tenait un ballon rouge et avait un sourire carnassier. Je crois qu'on appelait cela un clown, mais il n'avait pas l'air très fréquentable...

L'homme me sortit de ma contemplation du tableau.

« Oh ! Tu aimes mon tableau de Grippe-Sous le clown dansant ? C'est mon personnage préféré de la meilleure trilogie de livres de tout les temps ! Ça !

-"Ça" ?

-Mais oui, Ça ! De Stefen King ! Tu connais ?! »

J'hochai juste de la tête, pour lui faire plaisir. Je connaissais Stefen King, c'était l'auteur du roman que j'avais lu avec Jana, mais je ne savais absolument pas ce qu'était "Ça".

Décidément, ce type avait tout pour me faire peur.
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