Chapitre 7 (OLD)

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Chapitre 7 (OLD)

Message par Dusky le Lun 25 Déc - 20:55

L'homme était plutôt petit, faisant environ un mètre soixante. Il était maigre et semblait fatigué. Il avait des petits pieds, peut-être chaussait-il du 37 ? Enfin, s'il chaussait quelque chose, parce qu'actuellement, il était pieds-nus. Il avait de longs ongles d'orteils jaunis et sa peau jaunâtre était couverte de poils bruns. Il portait un pantalon trois-quarts beige, troué et sale, ce qui lui donnait l'air un rescapé d'un naufrage. Il portait un T-shirt qui devait autrefois être blanc, mais démontrait de nombreuses tâches jaunes et brunes, à divers endroits. Ses épaules étaient courbes, comme celles d'une femme, il semblait avoir une carrure de lâche. Perchée sur un long coup, sa tête était en forme de pentagone inversé et avait une mâchoire bien marquée ; ses joues étaient un peu creuses, sans doute souffrait-il de sous-nutrition. Ses lèvres étaient fines et étirées ; des dents jaunies par le temps s'y cachaient derrière. Ses yeux étaient bleus-gris et très légèrement bridés. Ses cheveux, d'une couleur semblable à la noisette, étaient un quelque peu plus longs sur le sommet de son crâne que sur les côtés ou l'arrière de la tête et une barbe de trois jours recouvrait le bas de son visage.

Cet homme était assis, devant moi. Je pensai qu'il était fou. Mais il m'invita à m'asseoir pour prendre le thé, chose que j'acceptai rapidement, étant donné que cela faisait une journée que je marchai, sans m'être assis une seule fois.

« Thé au jasmin ?

-Pourquoi pas ? »

Je n'avais jamais bu de thé dans ma vie ; encore moins au jasmin. Du liquide brûlant sortit de la théière pour venir s'écraser au fond d'une tasse en porcelaine, laissant s'échapper de la vapeur d'eau, contenue jusque lors dans le récipient. Il se servit également, posa l'objet et prit sa tasse d'une main, la coupelle dans l'autre, avant de boire une petite gorgée. Il me dit que je pouvais en faire tout autant et je pris le bol en porcelaine sans pour autant le porter à mes lèvres.

« Et bien, gamin. Parle-moi un peu de toi, parce que normalement, je devais accueillir une fille ici. Du moins, c'est ce qu'on m'a dit. Alors, qui es-tu ?

-Je... Je m'appelle James, monsieur. Ma meilleure amie devait venir à ma place, mais quelqu'un de l'Autre Monde a menacé les Bulliens : si je ne venais pas à la place de Jana, il désactiverait la Bulle... Mais vous ? Qui êtes-vous ?

-Oh... Voilà une question pour le moins... inattendue. Je te propose de jouer à un jeu : les cinq thèmes. Tu connais, non ? Tu me donnes cinq thèmes et je te réponds. C'est drôle, hein ? C'est drôle ! Drôle ! DRÔLE. »

Je me contentai d'hocher vivement de la tête, pour ne pas froisser ce type. Quand je disais qu'il était taré, ce n'était pas pour rien. Cet individu m'inquiétait un peu. Des thèmes ? C'était quoi ce jeu stupide ? Mais bon, des années, dix, pour être précis, voire plus si la personne d'avant n'était pas arrivée à temps, de solitude, ça provoque un petit souci mental. Je bus une petite gorgée de thé, en fait, ce n'était pas si mauvais ! Enfin soit, je décidai tout de même de jouer à son jeu bizarre, juste pour assurer mes arrières.

« Euh... Une couleur, un adjectif, un fruit, un livre et un des quatre éléments, tentai-je.

-Rouge, Pomme, Ça, Feu... Par contre un adjectif... Adjectif, répond-t-il, sérieux.

-C'est pas un adjectif, ça ! m'écriai-je.

-À MOI, dit-il, catégorique. Une odeur, une partie du corps, un loisir, de la nourriture et un martyr.

-L'air frais de la mer, jambe, rester en vie, chocolat et... Vous entendez quoi par martyr ?

-Quelque chose sur lequel tu te défoules.

-Ah... Moi. À mon tour : votre nom, votre âge, ce que vous faites ici, comment vous êtes arrivé ici et pourquoi vous ne partez pas sur votre bateau ?

-Tu m'as bien eu, gamin. Ce n'est pas des thèmes, mais j'estime que j'ai désormais le droit de te répondre, étant donné que tu as joué à mon jeu. Je m'appelle Cristian Van de Groep, j'ai trente-deux ans.Je passe la plupart de mes journées à lire, quand je n'emmène pas les Sélectionnés à la bouteille en plastique. Je suis né ici et si je pars, je meurs.

- Comment ça, vous mourrez ?

-Ils contrôlent tout. Absolument tout. Quand tu seras là-bas, gamin, fait gaffe. Ils te manipulent si facilement que c'en est inquiétant. Alors ne fait confiance qu'à Jacquie-Marcel et aux autres Sélectionnés, d'accord ? D'accord ?! D'ACCORD ?!

- O-oui monsieur. Mais qui est ce Jacquie-Marcel ?

- Le roi le plus puissant de l'Autre Monde. Ne contredit jamais Jacquie-Marcel. Il pourrait te faire du mal. Voire même te tuer. Ou pire : te bannir sur une île avec tous les autres exilés. L'exil est l'une des pires choses là-bas. Tu comprends ? L'île contient les personnes les plus dangereuses de ce monde, et elles n'hésiteront pas à te tuer, juste pour le plaisir, tu vois ? Alors quand tu seras là-bas, respecte Jacquie-Marcel.

-D'accord... »

Un blanc suivit ces révélations. Je finis mon thé et reposai la tasse. Je ne savais pas quoi dire et lui semblait totalement perdu dans ses pensées. Il murmura des paroles de ce que je supposai être de chanson en français, je ne pus donc comprendre ce qu'il dit. Mais j'avais retenu. Il disait :

« Le roi et ses pairs

Ont enfermé la reine.

À bord d'un bateau de plomb.

Nous naviguons et par ces pouvoirs :

Moi et mes frères vogueront.

Yo-ho sur l'heure,

Hissons nos couleurs.

Hissez ho, l'âme des pirates

Jamais ne mourra.

Yo-ho quand sonne l'heure,

Hissons nos couleurs.

Hissez ho, l'âme des pirates

Jamais ne mourra. »

Je le regardai chanter mais il s'en soucia peu. Il avait l'air tellement absorbé par ce qu'il récitait que c'en était un peu déstabilisant. Une fois qu'il eut terminé, il me regarda, troublé, avant de s'expliquer.

« C'est une chanson que je chantais tout le temps avec mon père, quand j'étais plus jeune... On la fredonnait à chaque fois qu'on était sur les flots ! C'était mes moments préférés en mer... Enfin soit, tu dois quand même vouloir dormir ! Même si je pense que te donner de la théine n'était pas la meilleure chose à faire. Bref, je vais te conduire jusqu'à ta chambre provisoire ! Je te préviens : nous partons pour la bouteille en plastique demain soir ! MOI, LE SEIGNEUR CAPITAINE DU BATEAU ANNA T'Y CONDUIRA PERSONNELLEMENT ! »

Cette réplique ne m'avait absolument pas manquée ! Bon dieu, qu'est-ce qu'il était à la fois intelligent et également totalement stupide ! Je me contentai d'hocher de la tête avant de le suivre. Bon sang ! J'avais totalement oublié que l'aspect du couloir miteux contrastait totalement avec le salon douillet ! Je fis de mon mieux pour éviter les planches de bois pourris, tandis que Cristian, qui s'en fichait royalement, passait de temps en temps à travers le plancher. Nous traversâmes le couloir, montâmes à nouveau des escaliers douteux avant d'arriver directement dans une chambre, comme ça, sans porte. Nous étions au niveau du toit, ce qui expliqua les murs inclinés. Les murs étaient peints en bleus turquoise et gris perlé. À ma gauche directe, il y avait une immense armoire. Un peu plus loin, toujours à gauche, se trouvait, contre le mur, un lit blanc. Juste derrière, on pouvait voir une petite commode en bois de bouleau. Tout au fond de la pièce se trouvait un lavabo, avec une petite armoire juste en dessous ; à côté, on pouvait voir une bibliothèque enfoncée dans le mur, garnie par de nombreux livres d'origines diverses. Et à ma droite, il y avait un énorme bureau d'environ deux mètres, avec des cahiers, des blocs de feuilles, des stylos, de marqueurs, des crayons. Il y avait tout ce qu'on n'avait plus du tout à Bruxelles ! C'était incroyable !

Je me retournai vers le fou, lui demandant silencieusement si je pouvais prendre des feuilles et écrire. Écrire tout ce qu'il me passait par la tête. Il hocha la sienne et je me précipitai vers le pupitre. Je m'emparai de feuilles lignées et d'un stylo bleu égyptien. Je le décapuchonnai et commençai à écrire de la main droite.

Bonjour.

Si tu vois ce message, cela signifie que j'ai échoué dans ma mission qui est de sauver les Bulliens. Je pense que tu as sûrement vécu également le massacre des Potentiels non-sélectionnés. Je ne sais pas comment cela se passe dans votre époque. Je veux juste dire que nous sommes actuellement en avril 2060 et que demain, je vais tout faire pour que toi, qui lis ces lignes, n'aie jamais à le faire.

Si j'échoue, je souhaite juste te souhaiter bonne chance dans ta quête qui est actuellement mienne.

James, sans nom de famille - Sélectionné de la Quatrième Édition.

Je remis le capuchon sur la plume et la rangeai, tandis que j'arrachai la page du bloc avant de la plier en quatre et de la ranger dans la poche arrière de mon pantalon. Je me retournai vers Cristian avant de lui sourire.

« Merci.

-Pas de quoi, gamin. C'est fou qu'à chaque fois, vous avez la même réaction en voyant ce bureau... Je vais te laisser. Bonne fin de nuit, James. Sache que je ne t'attends pas avant dix-huit heures, donc tu as quartiers libres jusqu'à cette heure. »

Je ne répondis que par un bref hochement de tête et attendis, assis sur la chaise, qu'il redescende les escaliers. Quand je n'entendis plus le bois craquer sous son poids, je me dirigeai vers le lit, pris la taie d'oreiller et y engouffrai ma petite lettre. J'espérai que le suivant la trouvera et que le fou, non, puisqu'elle ne lui était pas destinée.

Je m'approchai de l'armoire, l'ouvrit, et découvrit qu'il y avait deux parties : une remplie avec des habits de garçon uniquement et l'autre, et bien... avec des vêtements pour filles. Je ne prêtai pas attention à cette dernière partie et commençai à chercher des habits propres dans la première. J'en sorti un t-shirt rouge uni, un pull bleu foncé sur lequel il était inscrit " L'uniforme Blauw ", ce que je devinai comme étant un jeu de mot entre le français et le néerlandais, et un jean. Je le repliai et les posai sur le bureau, pour demain. Je revins près de lit et vit que le fou avait tout de même préparé un pyjama... pour Jana. Il était, en effet, très... rose. Je grimaçai un peu avant de le prendre et de le ranger dans le placard. Je farfouillai un peu dans la case de ce que je pensai être des pyjamas et y dénichai un t-shirt ample ainsi qu'un short... et bien... de sport. Je fronçai les sourcils mais me changeai quand même.

Un fois cela fait, je me jetai dans le lit, me glissai sous les couvertures et plaçai ma tête sur l'oreiller. Je fermai les yeux et la dernière chose à laquelle je pensai était que Jana aurait adoré cette chambre.
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